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Curator

Mise à jour : mercredi 16 février 2011

Le curator (ou curateur), mot proposé par Kaesse est un terme anglais qu’on peut traduire par le "conservateur" au sens conservateur de musée. Le curator doit suivre les nouvelles données qui sont publiées sur la toile, les classer et les hiérarchiser tout comme le conservateur de musée classe, inventorie ses oeuvres et suit de près le marché de l’art pour être à même de rafraichir ses collections. Mais la comparaison s’arrête là.

Compte tenu de ses consonances, on aurait pu penser que ce terme renvoyait au monde médical, le curator aurait- il le pouvoir de guérir ? C’est pas tout à fait faux. Le curator a le pouvoir de vous préserver d’une des plaies du web 2.0 : l’indigestion. Quand on réalise que chaque jour 1 million de billets sur des blogs et 150 millions de tweets sont publiés sur internet, et qu’en une seule minute Youtube accueille 35 heures de vidéos ; même si l’on sait parfaitement surfer sur la toile, il est difficile de résister au raz de marée d’infos, on risque tous de se noyer.

Les informaticiens ont essayé d’inventer des algorithmes afin de filtrer, sélectionner les infos qui nous intéressent sur la toile. Les sites comme Digg, Delicious ou Pearltrees permettent de partager le contenu thématique qui nous intéressent avec les autres membres de ces sites, c’est le principe de la folksonomie. Mais l’intelligence artificielle (les moteurs de recherche) a ses limites en particulier quand il s’agit de trier de l’info très spécialisée : les papillons de nuit mâles du Vénézuela par exemple.

On a alors redécouvert l’intelligence humaine (c’est rassurant !) avec le curator, qui est apparu tel un Zorro du web pour nous sortir la tête de l’eau.

Concrètement le curator est chargé de collecter l’info (billets ou vidéos publiés dans les sites, blogs, forums, réseaux sociaux) sur la toile, la sélectionner et partager cette sélection avec une communauté d’internautes.

Le curator se rapproche du rédacteur en chef, qui va rechercher l’information sur la toile qui mérite d’être relayée auprès de sa communauté cible. A une réserve près, il ne crée pas de contenu lui même. Alors qu’un rédacteur en chef d’un journal va commander du contenu (reportage) à ses journalistes pour alimenter son média.

Pour désigner l’action qui consiste à collecter et sélectionner et transmettre de l’information ciblée, on utilise désormais le terme "Curation". Vous noterez l’élégance du terme : curation renvoie plus au curage d’une fosse septique ou de notre appendice nasal qu’à la veille active d’internet ! Franchement, la récupération et la traduction littérale des termes anglais ont leurs limites !

En 2010, le community manager est apparu comme l’homme de l’année, mais le curator a pointé son nez début 2011 et il semble bien parti pour lui souffler le titre. Comme le souligne CaddE Reputation http://tinyurl.com/5rle7we, Curator apparait comme le buzzword de l’année.

Ceci étant, pour le moment, le curator n’est pas un statut à part entière. Un community manager peut très bien faire office de curator : le traitre, il cumule les deux fonctions ! Il peut en effet sélectionner les infos qui l’intéressent dans les conversations sur les réseaux sociaux (commentaires que les internautes s’échangent) qu’il suit sur la toile

Nous aussi, sommes des curators qui s’ignorent, tel Mr Jourdain avec sa prose, quand nous repérons, sélectionnons et envoyons des liens sur des blogs, vidéos… à notre communauté d’amis sur Facebook ou Twitter.

Les mauvaises langues diront qu’il est plus facile d’être "curator" que blogueur, d’où le succès de la curation… le curator n’a pas besoin de créer son propre contenu, d’écrire des billets…il se "nourrit" du contenu fabriqué par d’autres.

Le besoin de curation sur le web étant clair, il est probable que rapidement la fonction de curator va s’institutionnaliser, le curator abandonnera sa cape de Zorro pour porter l’uniforme de l’entreprise. Car c’est l’entreprise qui souffre le plus de la masse d’infos que propose le web. On peut donc parier qu’elle confiera ce travail de tri des données à un curator professionnel, qui pourra être intégré ou non à l’entreprise. Ainsi un expert des marchés asiatiques du luxe pourra-t-il proposer ses services de consultant, en tant que curator, à tous les groupes de luxe. De quoi doper le marché de l’emploi !! Bien sur, certains pourront déplorer cette professionnalisation des curators, on ne pourra plus s’autoproclamer curator quand le statut de curator sera institutionnalisé et trouvera sa place au sein de la chaire "E business de HEC"… Rassurons-nous, laissons aux curators professionnels le soin de filtrer le contenu "utile", nous pourrons toujours jouer les curators avec le contenu "futile" du web. Rien ne nous interdira d’envoyer à nos 300 friends… la vidéo sur Youtube qui dénonce en 40 slides le machisme des hommes ou l’inconstance des femmes, malheureusement…

Pour en savoir plus, je vous recommande le billet de Romain Biard http://tinyurl.com/6e8rdlv

1 commentaire

  • Curator 17 février 2011 15:52, par Romain

    Merci beaucoup pour cet article très détaillé sur la curation. Le sujet est en effet très en vogue et fait beaucoup parler sur Internet.

    Pour ma part, je pense qu’il s’agit avant tout d’un terme un peu à la mode qui agite une certaine élite, mais qui finalement fait référence à une pratique déjà ancienne.

    De nombreux outils nous permettent en effet déjà, d’effectuer une sélection de contenu qui nous a plu, intéressé, fait réagir, et de la partager avec sa communauté, ses lecteurs, etc… Les blogs en premier lieu permettent de faire ca très bien. On pensera également à Twitter qui est l’outil de partage par excellence. Mais on pourrait également citer Delicious ou Diigo, Digg, StumbleUpon, Google Reader, Netvibes, iGoogle, etc…

    Il s’agit donc d’une démarche ancienne qui, si on lui donne une importance qu’elle ne mérite pas, pourrait bien faire du tort au web. En effet, le risque est de voir se répéter en masse les mêmes informations, sur des sujets déjà bien trop traités, et de ne plus réussir à accéder à des informations vraiment pointues.

    Le vrai enjeu est à mon sens de développer un web utile, avec des services qui répondent à un réel besoin. Dans ce contexte, on peut trouver un usage à la curation dans un contexte professionnel pour effectuer un travail de veille par exemple. Mais faisons attention à ne pas galvauder ce terme et voir de la curation partout.

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