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Clicktivism

Mise à jour : jeudi 15 septembre 2011

Clicktivism, mot (prononcez : cliktivizeume) proposé par Frances Meadows est de plus en plus utilisé dans les pays anglo-saxons parce qu’il désigne une nouvelle tendance de militantisme, le militantisme "light" : celui qu’on pratique à coups de clics sur son clavier, tranquillement installé dans un fauteuil, devant son écran, un verre de coca à la main. Nombre d’entre-nous pratiquons le clicktivism comme Mr Jourdain pratiquait la prose, sans même en être conscient. Si vous vous surprenez à cliquer souvent sur un groupe Facebook afin d’exprimer votre opinion ou votre engagement, il est possible que vous ayez été infecté par ce que certains considèrent comme une nouvelle plaie.

Là où naguère les militants pour l’environnement ou pour un parti politique, descendaient dans la rue pour protester, aujourd’hui, il leur suffit de cliquer sur "envoyez" ou "signez" pour ajouter leur nom à une pétition visant à sauver l’Amazonie par exemple. Ce terme s’applique aussi à ceux qui se contentent de rejoindre un groupe ex Contre la guerre en Irak " sur Facebook pour exprimer leur désapprobation par rapport à la stratégie militaire de leur gouvernement. Un site comme Avaaz.com a conquis sa notoriété en surfant sur cette vague du militantisme "petit bras", ou devrais-je dire, "petit doigt", puisqu’il suffit d’un doigt pour cliquer.

Le clicktvism génère un vrai débat aujourd’hui, nombreux sont ceux qui dénoncent les effets pervers de cette pratique. Selon eux, le cliktivism sonnerait le glas des formes traditionnelles de militantisme. C’est vrai qu’il est nettement moins fatigant de lever le petit doigt pour cliquer que de lever le poing en défilant dans les rues ou de tenir une banderole plusieurs heures d’affilé. C’est moins physique certes, mais pas moins dangereux, comme le prouvent les internautes dans les pays arabes qui se sont fait arrêter pour avoir créé un groupe qui appelait au départ de leur gouvernement sur Facebook.

Le clicktivism n’est donc pas réservé aux lâches ou aux paresseux. Les défenseurs de cette pratique rappellent aussi qu’en signant des pétitions et en le signalant à chaque fois par un message à tous ses amis sur le web, on peut attirer l’attention de plus en plus de monde sur des causes tout à fait légitimes. Le clicktivism participerait à l’éveil de la conscience collective. Mais cette conscience n’est-elle pas largement sollicitée déjà à travers la radio, la télé, la presse, les blogs, est-ce que le fait de cliquer sur un groupe "j’aime l’Amazonie et je veux la sauver", va faire avancer le schlimmblick ?? rien n’est moins certain. Mais tout au moins, cela nous donne bonne conscience et nous évite quelques séances chez le psy.

Il reste qu’il ne faudrait pas diaboliser trop vite le clicktivism. Se limiter à signer des pétitions sur le web pour exprimer son engagement et espérer changer la société, est évidemment illusoire, mais ces actions de marketing virales peuvent s’avérer utiles quand elles s’inscrivent dans un dispositif global : le cliktivism permet alors de recruter des militants (notamment parmi les jeunes) qui ne sont pas au départ enclins à envoyer des pavés sur la police pour exprimer leur mécontentement, parmi ces militants qui sait si certains n’iront pas grossir les rangs des plus actifs, sur le terrain demain ? Le clicktivism participe à souder les membres d’un même groupe : on ne peut pas leur demander de manifester tous les jours devant le parlement ou de boycotter l’ensemble de notre société de consommation, alors pour les encourager, nourrir leur verve militante, on leur propose de cliquer sur les pétitions, sur des groupes facebook…ils peuvent converser sur le web… Ils doivent néanmoins rester vigilants, car les forcenés du cliktivism peuvent vite basculer dans le slacktivism, qui représente la pire forme de militantisme : le slacktivist utilise une cause pour se faire plaisir : il va profiter des rencontres entre militants, pour se saouler à la bière, obtenir des tee-shirts gratuits qui portent le logo de la cause, il espère aussi trouver ses partenaires d’une nuit parmi les autres militants… A méditer, la prochaine fois que vous cliquerez sur "rejoindre" le groupe Facebook" qui défend le patrimoine littoral corse. Demandez-vous si vous n’êtes pas sur la mauvaise pente du slacktivism.

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