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Caonima (alpaga)

Mise à jour : mercredi 7 mars 2012

Cao Ni Ma (prononcez Kaonima) signifie en chinois "lama boueux", il désigne une espèce d’alpaga.Quel est le rapport avec la toile ? En fait, cet animal apparaît en Chine comme le symbole de la résistance à la censure sur le web. Depuis quelques années, le gouvernement chinois a renforcé la pression sur la toile et sanctionne l’emploi de gros mots ou d’insultes. Les jeunes internautes ont créé un animal mythique, le Caonima dont les sonorités en Pinyin (langue chinoise simplifiée en caractères alphabétiques) rappellent celles d’une insulte très populaire en Chine (comme chez nous) : "nique ta mère".

Ils ne sont pas limités à inventer l’animal, ils ont créé une légende autour de lui. Le Caonima vit dans le désert, il est donc intelligent et tenace pour pouvoir survivre dans ces conditions difficiles. Il évolue plus particulièrement dans la région "Ma Le Ge Bi" dont le nom rappelle une autre insulte : "your mother’s fucking vagina " …

Et surtout ce beau lama est menacé par les crabes de rivière. Le nom Pinyin de ces crustacés est proche d’un nom très prisé par le gouvernement chinois : l’harmonie. Le président Hu Jintao a pour ambition de créer une société harmonieuse. L’harmonie est devenue le symbole du gouvernement chinois, pas étonnant que les internautes aient cherché à discréditer ce concept en l’associant à un nom nettement moins gratifiant : le crabe. Si en occident le crabe symbolise une des maladies les plus redoutables, en Chine, il symbolise une maladie qui ronge la société : la censure.

Depuis 2009, cet animal mythique a connu un véritable engouement, des dessins animés, des vidéos, des documentaires et même une centaine de peluches ont été créés à la gloire de Caonima. Devant l’ampleur du phénomène, certains universitaires se sont fait piéger. Ils se sont crus obligés d’apporter des précisions à l’histoire, confirmant par la même, la véracité du mythe.

Le gouvernement a fait passer un message ferme, aux éditeurs de sites et de blogs en les priant de ne faire aucune publicité à Caonima. Il a même essayé pendant quelques jours de bloquer l’accès à Youtube pour empêcher la circulation de vidéos sur Caonima, en vain.

Difficile de comprendre comment un canular a pu générer un vrai phénomène de société pour nous autres occidentaux, qui ne connaissons la censure que sous une forme "light". Pour les internautes chinois, l’enjeu était fort. Le succès de Caonima a fait perdre la face au gouvernement chinois en montrant les limites d’une politique de censure sur la toile. Récemment, la toile chinoise a récidivé, en inventant un nouvelle créature, le lézard Yake qui parodie un chant de propagande louant les mérites de la politique du gouvernement "yakexi" qui signifie "bonne". Les internautes ont utilisé les mêmes ressorts que pour Caonima, ils ont modifié deux lettres : ils ont remplacé le « xi » de « yakexi » par un homonyme signifiant « lézard ».

La censure nourrit notre imaginaire. La preuve ? Sur la toile occidentale, notre faune est bien moins riche qu’en Chine : les lamas boueux, lézards ou autres crabes de rivière n’ont pas trouvé leur place sur notre web…On en viendrait presque à regretter la liberté d’expression dont nous jouissons dans nos sociétés…

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